Aix Libris 2015

Dans les rencontres avec les lecteurs, on me parle souvent de la solitude du travail d’écrivain.

Les solitudes d’une vie, elles sont multiples. Et leurs contours pas vraiment établis. Quand on est dans la création, on les cotoie au quotidien. Elles aiment nos chambres d’hôtel, nos longs trajets à travers des paysages qui se diluent, les temps d’attente, les anonymes, les échanges timides, les doutes, le flottement. Elles sont des petites absences, plus ou moins remarquées, plus ou moins incomprises, plus ou moins camouflées. Des solitudes qu’on pourrait prendre pour des zones vides, parce que même remplies, elles ressemblent encore à des cavités sans fond, mais dans lesquelles on tient debout, tourné vers quelque chose de plus solide. Ces solitudes qui nous avalent, mais que nous digérons, même froides, même obscures, même douloureuses, elles sont de la matière utile pour nous. Elles nous malmènent, mais nous les recherchons. Ces solitudes. C’est persistant, comme un poinçon à la surface de soi qui disparait si on cherche à le fixer trop longtemps. Quelque chose auquel il est difficile de croire, si on ne prend pas le temps de ressentir tout ce que cela déforme en soi et l’espace que ça laisse à notre création.

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Je reviens d’un salon du livre où les solitudes se conjuguaient à plusieurs, si bien qu’elles étaient plurielles, plus vraiment audibles. Elles changeaient de noms, de formes, de couleurs, de voix. Parce que les rires qui résonnent dans la nuit noire, les confidences face au grand océan, les détours, les lignes droites, les envies, les espoirs partagés autour d’un verre. Elles n’étaient plus froides mais réchauffées par le sable et les mots. Elles n’étaient plus sombres, mais transpercées par le soleil et les sourires.

Tout cela est possible quand tout s’aligne dans le bon sens. Les efforts des uns et l’envie des autres. Leur passion et leur générosité. Leur plaisir et la nécessité d’y répondre. Dans cet endroit, décroché de tout. Ni vraiment réel, ni tout à fait ailleurs. Une île au creux des vagues, où le vent balaie les pensées par milliers.

Voilà. Le salon Aix Libris, sur l’ile d’Aix, c’était tout ça. Une équipe qui a créé un cocon de bieinveillance autour des auteurs, avec toute l’énergie qu’il faut pour que des livres naviguent jusqu’au coeur de centaines de petits lecteurs. Ces mêmes petits lecteurs qui, la tête remplie de questions, nous ont offert de belles rencontres, toutes en sincérité et émotion. Partager tout ça avec des auteurs de talent comme Florence Hinckel, Gaël Aymon, Hubert Ben Kemoun, Mathilde Domecq, Sophie Dieuaide, Agnès Laroche, Thomas Scotto, Cathy Ytak. La vie des autres dans la tienne, comme un murmure qui viendrait te dire, au creux du coeur, que tu n’es pas tout à fait seul dans ta vie d’écrivain. Que des milliers de solitudes existent dans ta vie, mais que celle-là, non, vraiment pas.

Sur cette île, j’ai laissé caché, entre les rochers, un petit bout de mon parcours, qui continuera de se réchauffer encore et encore avec les souvenirs de ces 4 jours incroyables, où pendant un instant, où les doutes et angoisses du quotidien se taisent et acceptent le cadeau, on se sent au bon endroit. Merci.

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