Mon baptême en LSF

J’ai de la chance, car mes lecteurs me donnent beaucoup. Cela prend des tas de formes. Des avis sur mes textes, des emails chargés de confidences, des expériences partagées ensuite de leurs lectures. Des sourires, des joues rouges, des poignées de main chaleureuses, des bises lors des rencontres. Des prix littéraires, leur présence aux signatures et évènements, leur attention lors des conférences et tables rondes. Des dessins, des textes écrits de leur main, des petits objets fabriqués avec soin. Parfois même, des bonbons ou des gâteaux quand ils viennent me voir sur les salons (je crois qu’ils ont compris que j’étais genre.. gourmand).

 

Il y a quelques semaines, j’ai été invité au Festival Clameur(s) de Dijon. La générosité des lecteurs était partout. J’ai reçu tellement de bonnes ondes que j’en ai oublié les soucis du moment. Que ce soit lors des rencontres menées autour de « A copier 100 fois », ou lors de celles autour de la série Mortelle Adèle, j’ai reçu beaucoup de sourires, d’encouragements, de témoignages touchants. Le contact avec les lecteurs est important, il m’aide à me rappeler que la littérature est (et doit rester) connectée à la vie, tout le temps, en permanence. Pour avoir l’envie d’écrire, il faut avoir envie de donner quelque chose de soi aux autres. Je n’aime pas les affirmations sur le métier d’écrivain de manière générale, mais ça, c’est quelque chose que j’ai l’impression de comprendre en ce moment. Comme c’est une période un peu compliqué pour moi, je me referme et j’écris peu. Je n’ai pas envie de donner quelque chose de moi. Cela reviendra. J’espère. Après tout, cela revient toujours. Mais dans ces moments-là, ces moments de doute, ce que donne les lecteurs qui nous suivent de livre en livre est un trésor précieux, une lumière qu’on s’efforce de suivre pour garder le cap.

 

J’ai reçu lors du Festival Clameur(s) un cadeau qu’on ne m’avait encore jamais fait. Cela a commencé lors d’une rencontre à la bibliothèque Fontaine d’Ouche de Dijon avec une classe du Collège Gaston Bachelard. C’était la première fois que j’intervenais dans une classe avec des élèves sourds. Au fur et à mesure que je parlais de mon métier, l’interprète retranscrivait mes paroles. J’ai vu mes mots s’envoler dans des mouvements de mains, se mélanger dans les airs, prendre de nouvelles formes. C’était déjà, en soi, quelque chose de bouleversant, parce que toute forme de langage, tout ce qui peut réduire ce décalage entre un individu et un autre, a une importance particulière pour moi. Ce jour-là, les élèves m’ont appris à signer « Mortelle Adèle », en redessinant ses couettes avec leurs mains. J’étais fier de rentrer chez moi en ayant parcouru cette distance à la fois infime et immense entre les élèves et moi qui n’avait jamais signé quoi que ce soit en LSF.

 

Aujourd’hui, j’ai reçu un mail de Marie, leur professeur. Les élèves, qui jusque-là épelaient mon nom lettre par lettre, m’ont donné un nom-signe. Ils m’ont baptisé en langue des signes française. Un signe qui a une signification pour eux, une empreinte de notre rencontre. Marie m’explique dans son message qu’un nom-signe est la combinaison de différents éléments. Ainsi, mon nom-signe est composé de :

– une configuration (= la forme de la main) inspirée du fait que j’ai dessiné pendant notre rencontre,
– un déplacement (= un mouvement de main) qui mime un large sourire « car les élèves ont remarqué que vous souriiez tout le temps« .

 

Je suis très touché par cette démarche et par cette façon qu’ils ont de me (re)formuler. Par ce qu’elle fige de notre rencontre. Par ce qu’elle imprime de notre échange. Et par cette magie, qui me rappelle que les liens que nous tissons ne s’arrêtent pas à la paume de nos mains mais s’étend loin au dedans.

 

Dans cette vidéo, c’est Lisa qui signe mon nom-signe, à la toute fin du message vidéo. Un grand merci à tous les élèves de la classe de 6ème B du collège Gaston Bachelard et à leurs enseignants pour ce cadeau. Je souris ce soir, grâce à vous.

 

« Bonjour Monsieur Dole,
La classe de 6ème B a réfléchi à un nom-signe pour vous.
Et voilà comment nous vous avons baptisé…« .
(Pensez à activer les sous-titres de la vidéo)

 

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